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Cet article est destiné aux professionnels : les termes techniques utilisés peuvent ne pas être compris par tous.

 

Logements humides et moisissures :
le point sur les risques toxiques et allergiques

 

N. Nolard, Chef de la section mycologie, Institut Scientifique de Santé Publique, Bruxelles

Introduction

L’inhalation de spores fongiques et d’éléments mycéliens émis en quantité dans l’air par les champignons entraîne des pathologies respiratoires et cutanées diverses parmi lesquelles les manifestations allergiques occupent une place prépondérante. Tous types d’allergie s’y retrouvent : rhinite, dermatite, bronchite allergique, asthme, mycoses broncho-pulmonaires allergiques et alvéolites allergiques extrinsèques. De plus, les membranes cellulaires des champignons sont riches en substances telles l’ergosterols et les B1-3 glucans, molécules irritantes proches des endotoxines bactériennes. Enfin, les enzymes excrétées, les métabolites secondaires synthétisés par les moisissures, dont les redoutables mycotoxines, ainsi que les composés organiques volatiles qu’elles émettent dans leur environnement sont autant de molécules qui, si elles n’interviennent pas directement dans la mise en place d’une sensibilisation fongique, n’en sont pas moins de réels facteurs d’activation voire d’aggravation de la réaction allergique.

La prévalence de l’allergie fongique varie selon les auteurs, sans doute parce que les études épidémiologiques restent très difficiles à réaliser. Aux USA, l’allergie aux moisissures touche actuellement de 20 à 30% des sujets atopiques, ce qui correspondrait à près de 6% de la population totale. L’exposition de jeunes enfants à des moisissures et à leurs métabolites a un effet « stimulant » sur l’apparition d’allergies par la suite.

La concentration de l’air en particules fongiques est énorme. Comparées aux autres organismes vivants, les spores sont de loin les plus nombreuses et, surtout, les plus diversifiées. L’air est vraiment une soupe fongique, dans laquelle dominent quelques espèces cosmopolites mais, où, surtout, abondent des spores encore non identifiées. L’air atmosphérique, celui « de l’extérieur » (outdoor des auteurs anglo-saxons) est dominé par quelques espèces parasites ou saprophytes de plantes que l’on connaît bien comme, par exemple, Cladosporium herbarum ou Alteraria alternata.

La situation se complique lorsqu’on essaye d’analyser la qualité de l’air dans les logements, lieux de travail, de loisirs, dans les écoles, les crèches etc.... Et pourtant, il est certain que les problèmes de santé liés à l’habitat humide sont considérables et loin d’être correctement pris en compte. On y trouve bien sûr les moisissures de l’atmosphère qui ont pénétré les locaux par portes et fenêtres mais on y trouve en plus une fonge très diversifiée qui a pu se développer à l’intérieur même des bâtiments, favorisée par le type de matériaux utilisés dans la construction associé à une humidité souvent trop importante, des plantes en trop grand nombre...

Logements et moisissures

Les moisissures domestiques se développent en abondance dans les endroits humides, mal ventilés et sombres ; c'est ainsi que les caves sont depuis toujours des niches privilégiées pour diverses espèces de Penicillium et Aspergillus. De plus, la flore fongique de l'habitat s'est largement diversifiée au cours des trente dernières années. En effet, aux problèmes d’infiltration, d’humidité ascensionnelle, de ruptures de canalisations, s’est ajoutée l'utilisation excessive de moyens d’isolation avec pour conséquence l’apparition de nouveaux ponts thermiques et le transfert de vapeur d’eau dans les matériaux. Le mode de vie a évolué parallèlement entraînant aussi la production et l'accumulation d'humidité dans l'habitat (douches fréquentes, nouveaux modes de cuisson, aération insuffisante des chambres...).

Diverses études ont démontré un lien entre allergies respiratoires et cutanées et la fréquentation de locaux humides, la plupart reliant alors les allergies à la présence de certains types de moisissures.

Spécificité de la contamination fongique des logements.

Les analyses de matériaux, les prélèvements par empreinte de surfaces et les analyses de poussières sont des compléments indispensables à l’évaluation de la contamination fongique de l’air des espaces clos.

La biodiversité des champignons isolés à l’intérieur des habitations est très grande ce qui en complique le recensement. Plus de 125 espèces appartenant à 50 genres sont isolées de manière significative dans les prélèvements d’air, 90% des habitations sont contaminées par les genres Penicillium, Cladosporium et Aspergillus (plus de 120 espèces différentes).

L’espèce C. sphaerospermum envahit 60% des logements en région tempérée, elle est responsable des taux de contamination les plus élevés en particulier dans les chambres à coucher et dans les salles de bains, relarguant parfois dans l’air des concentrations de plusieurs centaines de spores/m 3. Cladosporium herbarum, phytopathogène strict ne se développe pas sur les matériaux utilisés dans la construction, mais, ses spores pénètrent en abondance dans les locaux par portes et fenêtres durant les mois d'été.

Aspergillus versicolor, Aspergillus glaucus, Penicillium chrysogenum, Penicillium aurantiogriseum, Penicillium spinulosum, Penicillium brevicompactum, Chaetomium globosum, Stachybotrys chartarum, Acremonium strictum, Alternariaalternata sont d'autres espèces parfois très abondantes sur les murs des chambres, pièces de séjour et cuisines. Papiers peints et peintures murales sont rapidement envahis. Sur les châssis de fenêtres, Cladosporium sphaerospermum est généralement associé à Aureobasidium pullulans, Phoma sp et à diverses espèces de Fusarium.

Suite à des infiltrations d’eau importantes ou après des inondations, lorsque les murs restent mouillés longtemps, des moisissures apparaissent sur les plaques de plâtre. Si le plâtre n’est pas rapidement séché, les moisissures l’envahissent en profondeur. Un traitement superficiel du plâtre sera dans ce cas totalement insuffisant pour éliminer la moisissure.

Aspergillus fumigatus est avant tout une espèce de l’etérieur. Il existe cependant une source importante de contamination dans l’habitat: la terre des plantes peut en effet renfermer plusieurs milliers de spores par gramme. Un nombre raisonnable de plantes ne constitue pourtant pas un risque pour l’allergique sensibilisé aux moisissures, par contre ce risque est à prendre en considération dans les serres ou dans des locaux transformés en jardin d’hiver.

Enfin il faut signaler que les matelas sont également des réservoirs importants de moisissures, il n’est pas rare d’isoler de 10 5 à 10 7 spores/gramme de poussière! Tout comme les acariens, les moisissures des matelas profitent largement de la mauvaise ventilation et de l'humidité excessive des chambres. Epinglons, parmi les espèces les plus abondantes, Cladosporium sphaerospermum, Alternaria alternata, Aspergillus niger, Aspergillus versicolor, Epicoccum purpurescens, Aureobasidium pullulans, Aspergillus restrictus, diverses espèces de Mucorales et de Trichoderma.

Allergies associées

Les allergies liées aux moisissures de l’habitat sont diverses. Si l’asthme à Alternaria alternata et aux dematiae proches (Ulocladium, Epicoccum) a indiscutablement la plus forte incidence sur les pathologies allergiques, surtout chez l’enfant, nombre de cas de rhinites et d’asthme ont aussi été clairement associés à tout une série d’autres moisissures.

Généralement considérées comme des maladies professionnelles, signalons également que nous avons observé plusieurs cas d’alvéolites liées à des contaminations domestiques très variées.

Effets toxiques

De plus, la majorité des moisissures, sans induire nécessairement une réaction allergique, peuvent agir de manière indirecte sur l’exacerbation des manifestations allergiques (altération du système immunitaire, inflammation non spécifique des voies respiratoires, maux de tête) et par là même amplifier de façon dramatique une sensibilisation préexistante.

Enfin, bien qu’il ne s’agisse nullement d’allergie, n’oublions pas que les moisissures observées dans les logements humides produisent, ou sont capables de produire, des mycotoxines, métabolites secondaires de faible poids moléculaire comparé aux allergènes, dont les effets ont surtout été étudiés après ingestion d’aliments contaminés. Irritation des muqueuses, nausées, immunosuppression, effets teratogènes et cancérigènes sont les symptômes les plus souvent cités. Ces mycotoxines sont aussi présentes dans les spores aériennes. Dès lors, bien que le rôle pathogène des mycotoxines inhalées soit encore à l’étude, d’importantes contaminations fongiques dans l’habitat doivent nous pousser à la plus grande prudence. Des enfants en bas âge ne devraient donc en aucun cas séjourner dans des locaux dont les murs présentent une contamination fongique étendue.

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